Nazis dans le rétro : épisode 2, parlez-moi d’amour

Si vous en avez le temps et la passion de lire. Ce très beau récit sur les relations complexes de deux femmes avec l’Allemagne et l’extrême droite raciste. Ou comment un choix de vie peut-être précipité par une élection : »Nous avons nos démons et nous avons nos chaînes. L’amour de ma vie est le fils d’un résistant de la première heure au nazisme. Mais parmi nos amis se trouve une femme dont le père était un nazi fusillé en 1947 pour avoir conduit 60 000 juifs, hommes, femmes, enfants à la mort. « 

C’est par amour que je me suis retrouvée à Berlin. Je n’aurais jamais imaginé que je serais là un jour avec 94 députés d’extrême-droite au Bundestag. Cette fois, mon feuilleton étiré dans le temps penche du côté de l’intimité. Avec de vrais morceaux de fiction dedans. Mais lesquels ?     LE BLOG DE ELISE THIEBAUT

Ma mère avait 40 ans en 1979 lorsque j’ai rencontré l’amour de ma vie, dont je ne savais pas qu’il serait l’amour de ma vie. Faites le calcul et vous verrez ce que ça signifie : en 1939, ma mère est née alors que l’Allemagne venait d’envahir la Pologne.

Mon grand-père a été réquisitionné alors qu’elle passait ses derniers moments de quiétude dans le ventre de ma grand-mère, qui était alors une femme de 39 ans robuste et souriante, avec des dents de cheval et une plantation de cheveux qui faisaient de pointes sur le front – on appelait ça « le pic des veuves ». Mon grand-père, lui, était un homme immense et très gros, si gros qu’à l’armée, on n’a jamais selon la légende trouvé d’uniforme à sa taille. Il est revenu après quelques semaines pour assister à la naissance de sa cadette, ma mère, et aimer follement sa femme, ma grand-mère.

Ils vivaient à Nîmes et ne faisaient pas de politique, mais mon grand-père était réparateur de radios et on dit qu’il écoutait et surtout faisait écouter Radio Londres à ceux que cela intéressait. Le reste du temps, il était royaliste et adorait manger. Ma grand-mère allait à la pêche au brochet le dimanche plutôt que d’aller à la messe. Dieu et elle, ce n’était pas une grande histoire d’amour. Ce qu’elle aimait, c’était faire la cuisine et nourrir ses enfants. Les après-midis, elle les passait au cinéma. Quand elle s’enfermait dans la cuisine pour préparer les quenelles, on n’osait pas la déranger. De temps à autre, elle surgissait échevelée en criant « Charbon ! ». Mon grand-père, impressionné, la surnommait Vulcain.