Mia, étudiante, vit avec 5 euros par jour pour manger

Un rapport de la Croix-Rouge, révélé ce mercredi matin, s’alarme d’une misère invisible : celle qui touche les étudiants et qui les empêche de se nourrir correctement. Mia*, 24 ans, se confie.

Mia* a enfin fini par se l’avouer. Elle est épuisée. Cette étudiante en école d’architecture de 24 ans, rencontrée mardi à la terrasse d’un café parisien, triture nerveusement sa boucle d’oreille, le regard fuyant. Depuis quatre ans, la jeune femme vit grâce à ce qui lui donne son papa, cadre informaticien. Une fois le loyer payé, il ne lui reste toutefois que 320 euros par mois : «10 euros pour Internet, 30 pour l’électricité… il y a aussi les fournitures scolaires», égrène-t- elle, de façon machinale. Avec un budget nourriture de 20 à 35 euros par semaine, chaque jour est un calcul permanent.

Sur les conseils d’une assistante sociale, elle s’est décidée, la semaine dernière, à faire ses courses à l’épicerie sociale de la Croix-Rouge, dans le XVe arrondissement de Paris. L’association révèle aujourd’hui un rapport accablant, que nous publions en exclusivité, sur la hausse de la précarité des jeunes, et surtout des étudiants. «Ça m’a fait bizarre d’y aller. Et en même temps, j’ai pu m’offrir des produits originaux.»

VIDEO. L’épicerie solidaire : une solution pour les étudiants fauchés

À son école, personne n’est au courant

Ici, elle ne paye que 6 euros pour un panier valant 30 euros. Alors Mia s’est autorisée à prendre du saumon fumé, des sardines en boîte, des infusions. Elle rit, pudique : «C’est presque trop luxueux.» Il y a aussi sa généreuse grand-mère, chez qui elle dîne parfois. Sa sœur également, et son père. «Mais je ne lui demanderai jamais d’augmenter la pension, on n’est pas assez proches», balaye-t-elle, digne. D’habitude, Mia fait son marché à Barbès (Paris Xe), repart avec un panier garni de fruits et de légumes pour 5 euros. Avec une boîte de sauce tomate et une courgette, elle mange le midi et le soir. Elle achète des yaourts, jamais de fromage, «trop cher», ni de pain, «une dépense quotidienne». Surtout des produits secs, «des lentilles, des pois chiches», récite-t-elle.

Ces derniers temps, elle n’a plus la force de bricoler. Mardi, Mia a sauté un repas. Elle a souvent faim. «Parfois je me demande si je ne peux pas m’acheter quelque chose ou si je ne veux pas. Je ne sais plus où est mon désir.» Sa silhouette frêle semble se tasser. Mais, elle le répète, elle est fière d’être débrouillarde.