Comment lutter contre le chômage dans les cités ?

Criminalité, drogue, radicalisation, chômage, violence … Les médias ont la fâcheuse tendance de ne parler des banlieues que lorsqu’elles sont à feu et à sang. Pourtant, de nombreuses initiatives citoyennes montrent que les banlieues dites « sensibles » sont tournées vers l’avenir et parviennent à se réinventer. En Seine-St-Denis (93), l’association « Agir Ensemble » favorise l’insertion des jeunes des quartiers en leurs proposant de passer le permis et de suivre une formation professionnelle.

Par NORA BENHAMIDA & TANGUY GARREL-JAFFRELOT

DRANCY, France. En Seine-Saint-Denis, 40% des 15-29 ans sont au chômage. Un jeune sur trois n’a aucun diplôme et seulement  1 jeune sur 10 suit une formation universitaire selon les chiffres de l’INSEE.  C’est pour lutter contre ces fléaux qu’Idriss Niang décide de créer l’association « Agir Ensemble » à Drancy en 2009.

Afin de trouver du boulot à une vingtaine de jeunes sans emploi, il leurs propose de passer le BAFA (Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur) pour la modique somme de 24 euros. Le prix sur le marché est en général autour de 500 euros. Trouver des partenariats et recruter des volontaires pour le dispositif n’a pas été chose aisée au début.  « Il a fallu faire appel aux cousins et aux petits frères » se souvient Idriss. Grâce au bouche à oreille, vingt jeunes obtiennent cependant leur diplôme et travaillent désormais dans les villes avoisinantes.

7 ans plus tard, le dispositif fonctionne toujours. Autour de 200 personnes, en majorité des décrocheurs scolaires, passent leur BAFA chaque année grâce au travail de l’association. En 2017, les bénévoles ont d’ailleurs célébré l’obtention du 1000ème diplôme. L’engouement est tel qu’une liste d’attente a été mise en place.

La formation est désormais proposée pour 224 euros du fait de la fin de certaines aides. Son succès n’en demeure pas moins considérable. Des jeunes viennent désormais de toute la Seine-Saint-Denis pour obtenir le précieux sésame. Bobigny, Villepinte, Pantin, La Courneuve, Blanc Mesnil, Bagnolet ou encore Aulney, l’association est maintenant connue dans tout le 93 et constitue le centre névralgique du département. Le rayonnement est tel qu’en 2016, le Parisien nomme le président de l’association comme l’un des principaux acteurs du département.

Les louanges ne s’arrêtent pas là. Les bénévoles ont reçu des mains du maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde (UDI), la médaille de la ville. « On était la plus jeune association à recevoir une telle récompense » se souvient Idriss Niang.

De nouveaux projets voient le jour. Constatant que de nombreux jeunes ne parviennent pas à se payer le permis de conduire, l’association fait tout pour faire baisser le prix de l’examen. « Le permis est nécessaire pour trouver du boulot ou aller étudier » explique Idriss Niang. Grâce au soutien financier de plusieurs commerces de la Ville, le jeune homme parvient finalement à proposer le permis à 150 euros à une vingtaine de lycéens en terminale.