L’ex champion du monde de foot Lilian Thuram, rédac’chef exceptionnel de l’Actu

Il y a 10 ans, l’ancien footballeur a créé la Fondation Lilian Thuram Éducation contre le racisme. Mercredi, Lilian Thuram était rédac’ chef exceptionnel de L’ACTU. Il a répondu aux questions de quatre lecteurs.

Contexte :

1- L’ancien footballeur international Lilian Thuram est très engagé dans la lutte contre le racisme.

2- Avec la Fondation Lilian Thuram Éducation contre le racisme (thuram.org), il rencontre des élèves pour les faire réfléchir sur les discriminations. Il soutient des expos, des concours… sur ces thèmes.

3- Lilian Thuram est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football français : vainqueur de la Coupe du monde en 1998, finaliste en 2006,  vainqueur du Championnat d’Europe en 2000.

4- Pour fêter les 20 ans de la victoire de la France au Mondial 98, l’équipe de France de l’époque (avec Thuram, Zidane…) affrontera une sélection de grands joueurs internationaux de 98, le 12 juin à Paris.

« Le racisme n’est pas une fatalité, tout le monde n’est pas raciste »

Il a dit

  • C’est quoi être raciste ? C’est penser qu’il y a des hiérarchies entre les gens. Historiquement, le racisme veut faire croire que les personnes de couleur blanche sont supérieures aux personnes de couleur non blanche. Une minorité de Blancs s’est ainsi donné le droit d’exploiter des Noirs, de disposer des corps (esclavage) et des terres des autres (colonisation). Selon cette idéologie, une minorité décide de ce que des personnes vues comme inférieures ont le droit ou pas de faire. Par exemple, depuis toujours, les hommes ont construit l’idée qu’ils étaient supérieurs aux femmes et ont reproduit cela de génération en génération. Dans de nombreuses religions, seuls les hommes peuvent mener la prière (prêtre, imam…). Cela revient à faire croire que certains (les Noirs, les femmes, les homos, les migrants…) ont moins de droits que d’autres.

 

Quand avez-vous compris que vous étiez noir ?

À 9 ans, après avoir grandi en Guadeloupe, je suis arrivé à Paris. On m’a appelé « la noiraude ». C’était un dessin animé de l’époque, sur une vache. Ça m’a attristé, blessé. Quand j’en ai parlé à ma mère, elle a eu une mauvaise réponse : « C’est comme ça, les gens sont racistes. » Or, le racisme n’est pas une fatalité, et tout le monde n’est pas raciste.

Le racisme est-il lié à l’éducation ?

C’est tout un système que l’on reproduit. Il faut le questionner et le dénoncer. C’est souvent compliqué d’être en désaccord avec les autres, surtout avec vos parents. Mais il faut prendre la liberté de poser des questions sur ce que l’on vous dit, notamment si vous n’êtes pas d’accord. Quand j’étais petit, je pensais que les homos étaient des gens bizarres, en raison de ma culture antillaise, religieuse et homophobe. Mais je me suis questionné et je me suis éduqué. Autre exemple : quand on dit que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, de quel point de vue se place-t- on ? De celui des Européens, alors qu’il y avait plusieurs millions d’habitants là-bas en 1492 !