Les dates clés de l’abolition de l’esclavage

Archives du Musée du Quai Branly © MCOHEN/AFP

 

#1804 : Et Haïti se libéra de ses chaînes…

L’historien Marcel Dorigny, professeur à l’université de Paris VIII, spécialiste du XVIIIe siècle et de l’esclavage, explique comment Haïti a imposé la première abolition de l’esclavage en 1794 et son indépendance en 1804. « L’abolition telle qu’elle a été votée le 4 février 1794 est une abolition qui a été imposée par la victoire des esclaves de Saint-Domingue », précise-t-il. « Cette abolition, la première dans toute l’histoire, a été remise en cause en 1802. Cédant à la pression des colons, Bonaparte a rétabli l’esclavage. Mais à Saint-Domingue, ça n’a pas fonctionné. Pourtant 55.000 hommes avaient été envoyés, soit la plus grande expédition française en Outre-mer avant le XXe siècle. La masse des esclaves à Saint-Domingue, soit 500.000 personnes, rendait en fait impossible le rétablissement de l’esclavage par les armes ».

« Rappelons également que cette indépendance a été autoproclamée », explique Marcel Dorigny. « Ce sont les Haïtiens seuls qui proclament leur indépendance. Il n’y a ni accord ni traité. Et la France de Bonaparte ne reconnaît pas l’indépendance de cette île, qu’elle continue à appeler Saint-Domingue. En 1815, les puissances européennes rassemblées à Vienne reconnaissent les droits de la France sur Saint-Domingue. C’est la logique du droit colonial. » Voir la suite de l’entretien dans l’article et sa vidéo en cliquant sur ce lien.

Buste de Toussaint Louverture (1743-1803), leader de la révolution haïtienne contre l’esclavage. (Oeuvre réalisée par l’artiste Ludovic Booz pour la ville de Bordeaux).

#L’autre esclavage : un aperçu de la traite arabo-musulmane

Jusqu’à présent, les formes d’esclavage et de traite les plus documentées et analysées concernent la traite transatlantique. Nombre d’essais, de romans et de films, comme « 12 Years A Slave », récompensé d’un prestigieux Oscar à Hollywood, ont permis à un large public de connaître les pans tragiques de cette histoire. Mais l’Europe n’a pas eu le monopole de la traite. Il y a eu d’autres traites, au moins et sinon plus importantes, à savoir les traites orientale et transsaharienne organisées par les Arabes. Ces dernières furent tout aussi violentes et dévastatrices pour l’Afrique et leurs descendants que la traite transatlantique, et cautionnées par l’islam tout comme le christianisme a pendant longtemps justifié l’esclavage.

« Alors que la traite transatlantique a duré quatre siècles, c’est pendant treize siècles sans interruption que les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne », écrit l’anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N’Diaye, dans son livre « Le génocide voilé ». « La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains et de la castration généralisée ». Son interview à La1ere est à lire ici.