Laïcité à l’école : « Il y a une génération d’ados foutue », déplore Charlie Hebdo

 

Le journal satirique a recueilli le témoignage de 150 enseignants sur la difficulté de parler en classe de laïcité et de religion. Gérard Biard, son rédacteur en chef, invite le corps enseignant à ne plus éviter ce sujet ultrasensible.

Article signé Christel Brigaudeau|pour Le Parisien, 22 avril 2018 

C’est un petit encart, publié en janvier, dans le numéro « anniversaire » de Charlie Hebdo. Comme on cherche les racines du mal, les clés pour comprendre, le journal satirique interrogeait les profs, trois ans après l’attentat au cours duquel douze personnes, dont huit membres de sa rédaction, ont été assassinées. Comment se passent les cours sur la laïcité ? Que disent les élèves ? Quelque 150 enseignants ont envoyé leurs réponses, livrant un état des lieux sans concession aujourd’hui publié sous la forme d’un hors-série*.

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« Il n’est pas très optimiste, je l’accorde », commente Gérard Biard, derrière ses lunettes rondes. Mais le rédacteur en chef de Charlie Hebdo espère qu’il sera utile, comme « outil pédagogique pour les professeurs, entre eux ». Et comme un antidote au découragement.

Pourquoi avez-vous choisi de consacrer un hors-série à la laïcité à l’école ?

A-t-on mal enseigné la laïcité aux enfants ?

Je pense qu’on ne l’a pas enseignée du tout. On ne leur a pas expliqué que la laïcité est une liberté. La laïcité permet, elle autorise ! C’est la religion qui interdit. Depuis l’affaire Merah, un travail est fait, à travers une charte et les programmes d’éducation morale et civique (EMC). Mais il vient un peu tard.

Que vous ont appris les témoignages ?

On ne pensait pas qu’on en était arrivés à ce point-là. Le problème touche toute sorte d’établissements, et pas seulement les enfants de culture musulmane. Il n’est plus possible de parler sereinement de ce qui est pourtant un principe constitutionnel. Une chose est très révélatrice et pas rassurante : nous avons pris soin que les professeurs soient le moins identifiables possible. Pour une grande majorité, cet anonymat était primordial, jusqu’à déclencher pour certains une sorte de panique, comme s’ils témoignaient contre la mafia…