Films et séries, regards de cinéastes sur la banlieue

Depuis La Haine, les cités françaises s’invitent régulièrement sur nos écrans. Au-delà de la réalité anxiogène, quelles représentations nous livrent les réalisateurs ? Petit panorama, en onze œuvres.

La Haine de Mathieu Kassovitz (film, 1995)

Des émeutes éclatent après une bavure policière dans la cité des Muguets, à Chanteloup-les-Vignes. On suit, en noir et blanc, et pendant une journée, trois copains de la cité. Mettant en scène les affrontements entre la jeunesse et la police, le film qui fit l’effet d’un coup de poing lors de sa sortie reste criant d’actualité, vingt ans après.

L’Esquive d’Abdellatif Kechiche (film, 2003)

Dans une cité HLM en Seine-Saint-Denis, des lycéens répètent un passage du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux pour leur cours de français. Salué par la critique, Abdellatif Kechiche dit avoir voulu briser les stéréotypes sur les jeunes des banlieues. Il confronte leur parole, pleine d’invention et d’humour, à celle de Marivaux. Sa caméra capte des moments de vie, entre naissance du sentiment amoureux et enfermement social.

La Commune d’Abdel Raouf Dafri (série, 2007)

Cette mini-série diffusée sur Canal + ne prétend pas dresser un état des lieux réaliste des quartiers défavorisés. Le réalisateur dit livrer « sa vérité brute », hautement scénarisée, poussée jusqu’à une parabole de violence extrême. Influencé par Oz, la série carcérale de Tom Fontana, Abdel Raouf Dafri montre une société rongée par la misère, le chômage et la désespérance, qui accouche d’une humanité à la dérive.

Aïcha ! de Yamina Benguigui (série de téléfilms, 2008-2011)

Jeune Française d’origine algérienne, Aïcha vit dans une cité en banlieue parisienne et rêve de travailler de l’autre côté du périphérique. Quatre épisodes retracent son parcours et sa quête de liberté. Avec un ton léger, la série, qui fut un véritable succès populaire, aborde des thèmes comme les traditions religieuses, la famille patriarcale et le souhait d’émancipation. Un cinquième épisode est attendu courant 2017.

Rue des cités de Carine May et Hakim Zouhani (docufiction, 2011)

Entre fiction et documentaire, Rue des cités brosse un portrait sociologique d’une cité d’Aubervilliers. En noir et blanc, on suit l’errance de jeunes autour et à l’intérieur des HLM. Les comédiens amateurs apportent leur fraîcheur et leur poésie à un monde dont la dureté est palpable.

La Désintégration de Philippe Faucon (film, 2012)

Avant Fatima, qui suit la vie d’une mère et ses deux filles dans la banlieue lyonnaise, Philippe Faucon avait posé sa caméra dans une cité lilloise. De façon « prémonitoire », le réalisateur s’était intéressé au phénomène de la radicalisation de trois jeunes d’une vingtaine d’années. Avec justesse, il montre comment l’endoctrinement peut faire son chemin jusqu’à des individus en proie à l’exclusion.