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Iran: Qui sont les femmes qui bravent l’obligation de porter le voile en public ?

REVENDICATION Les images et vidéos de jeunes Iraniennes qui osent braver la loi en retirant leur voile en public font le tour du monde. La contestation ne date pourtant pas d’hier…  Article signé Julie Brossard pour « 20 minutes »Une « affaire insignifiante », comme le jugeait mercredi le procureur général de la République islamique, Mohammad Jafar Montazeri, ou l’acte fondateur d’un mouvement d’émancipation de la femme, comme le promeuvent les réseaux sociaux ? Depuis quelques semaines, en Iran, l’ obligation du port voile dans ce pays fait l’objet d’une fronde.

Tout a commencé à Téhéran le 27 décembre lorsque Vida Movahed, 31 ans, mère d’un bébé de 19 mois, a, postée sur une armoire électrique, ôté son hijab pour le brandir au bout d’un bâton. Dans un pays qui, depuis la Révolution islamique de 1979, impose aux femmes de sortir tête voilée et le corps couvert d’un vêtement ample, ce geste, réalisé à un croisement de la rue Enghelab (« révolution » en persan), a été perçu comme un défi au régime.

 

Rien à voir avec l’Occident

Contrevenant à la loi, la jeune femme a été arrêtée, puis emprisonnée (elle a, depuis, été libérée). Mais, par solidarité, ou réel ras-le-bol du code vestimentaire exigé en Iran, d’autres Iraniennes lui ont emboité le pas. Jeudi soir, 29 personnes qui « perturbaient l’ordre social » ont été arrêtées, a indiqué la police de Téhéran.

Second woman arrested in Tehran for hijab protest https://www.theguardian.com/world/2018/jan/29/second-woman-arrested-tehran-hijab-protest-iran?CMP=share_btn_tw 

Second woman ‘arrested’ in Tehran for hijab protest

Reports say woman was held after standing on telecoms box to raise headscarf on a stick in repeat of protest last month

theguardian.com

Cette contestation, peut, d’un point de vue occidental, interpeller, car elle intervient dans la foulée du mouvement #MeToo. Mercredi, d’ailleurs, Mohammad Jafar Montazeri a laissé entendre que Narges Hosseini, contestatrice arrêtée lundi, pouvait avoir « été influencée depuis l’étranger ». Une insinuation qui fait doucement rire Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) : « Ces actions ne sont en rien pro-occidentales, estime-t-il, relevant que, dans le contexte actuel de tensions entre l’Iran et l’Occident, n’importe quel geste peut être interprété unilatéralement. » De plus, tient-il à recadrer, la protestation contre le port obligatoire du voile ne date pas d’hier.

« On n’a pas fait la Révolution pour revenir en arrière »

« Avant la Révolution islamique, la société iranienne était « plus ouverte ». Les femmes n’étaient pas obligées de porter le voile. Celles qui le faisaient étaient d’ailleurs plutôt anti-monarchistes, montrant ainsi leur soutien à la Révolution. » Les Iraniennes qui passaient outre la loi, « souvent issues des classes moyennes ou aisées instruites », perdaient leur emploi, étaient molestées, emprisonnées…