Féminicides en Turquie: la tragédie sans fin des meurtres de femmes

Elle est l’une des 210 femmes à avoir été tuées en 2012 en Turquie, le plus souvent par des hommes qu’elles connaissaient, selon la plateforme Stop aux féminicides. Et ce nombre ne cesse d’augmenter depuis lors.

Je ne vis plus, je suis mort avec elle

« A chaque fois qu’une femme est tuée, je ressens la même douleur« , confie à l’AFP Zeki Ünlüer, père de Pinar. « Ma femme et moi sommes morts le jour où notre fille a été enterrée. Je ne vis plus, je suis mort avec elle. » L’assassin a été condamné à la prison à perpétuité.

Les journaux turcs rapportent quasiment chaque jour une nouvelle histoire de femme victime d’un homme qu’elle connaissait. En 2016, 328 ont été tuées, selon Stop aux féminicides. Et au cours des cinq premiers mois de 2017, elles étaient déjà 173, contre 137 sur la même période un an plus tôt, affirme l’organisation dans un rapport publié en mai.

Rien qu’à Izmir, troisième ville de Turquie et bastion laïc et progressiste, on recense 118 meurtres de femmes depuis 2010 – dont Pinar Ünlüer.

Le gouvernement turc a beau admettre que ces chiffres sont inacceptables, les militants estiment que la situation va de mal en pis.

La tentative de viol et le meurtre brutal d’une étudiante de 20 ans, Özgecan Aslan, en 2015, avait pourtant provoqué une vague de colère en Turquie et beaucoup espéraient alors des avancées concrètes sur la question.

Nos femmes meurent et vous ne faites rien 

Mais rien n’a changé, estime le père de Pinar Ünlüer, qui pointe des failles juridiques permettant aux tueurs d’invoquer des circonstances atténuantes.

« Les punitions ne sont pas assez dissuasives« , selon lui. « J’aimerais demander (à un ministre): ‘Si c’était votre enfant, vos filles, vos mères, que penseriez-vous ? Nos femmes meurent et vous ne faites rien’. »

Comme la plupart des agresseurs, l’assassin de Pinar a demandé une réduction de peine, affirmant avoir été provoqué par la jeune femme, indique le père de celle-ci.

Les hommes cherchent souvent à obtenir une réduction de leur peine en prétextant un moment de démence, ou en affirmant que leur victime les a insultés ou trompés, relèvent les militants de la cause des femmes.