Etre une femme noire dans la police nationale espagnole

C.A.E.O. (initiales) est policière en Espagne depuis maintenant 10 ans. Son sexe féminin et son origine africaine ne l’ont pas empêché de réussir avec brio les concours d’entrée dans la police nationale. Si la jeune femme est amoureuse de son métier, elle reconnait être bien souvent confrontée au racisme et au machisme dans son métier.

L.C.: As-tu une anecdote sur le racisme auquel vous avez été confronté au cours de votre carrière ?

Une fois, alors que j’étais en service en uniforme durant les élections générales espagnoles, un homme est venu me dire “excusez-moi, vous êtes policière ?” J’ai été prise d’un fou rire et je lui ai répondu que non, que je portais un déguisement que je venais d’acheter au coin de la rue.

Il nous est arrivé avec mon mari de devoir présenter nos papiers à la police. Pour lui, ils ont jeté rapidement un œil sur sa carte professionnelle et sa plaque. Par contre, pour moi, ils me l’ont retirée des mains, l’ont prise, et regardée sous tous les angles comme si j’étais une extraterrestre.

Un jour, alors que j’étais à Barcelone, à l’occasion d’une messe pour célébrer notre Saint Patron, j’ai dû lire un discours. En sortant de l’église, une femme s’est approchée pour me dire que j’avais très très bien lu en espagnol.

Des histoires comme celles-ci, j’en ai à n’en plus finir. Toutes ces anecdotes prouvent que les gens d’une manière générale, qu’ils appartiennent ou non au Corps National de la Police n’acceptent pas aisément la présence de femmes noires en uniforme.

L.C.: Te souviens-tu du plus beau jour de ta carrière dans le corps national de la police (Cuerpo Nacional de Policía) ? Raconte-nous !

C.A.E.O.: Bien que cela n’ait rien à voir avec le travail de policier, le plus beau jour de ma carrière a été lorsque je me suis présentée dans un bureau du commissariat d’Algésiras pour faire un stage, et que le collègue qui m’a reçue, m’a dit sans même me laisser placer un mot, que si je venais pour mettre en règle mes papiers d’immigration, c’était au premier étage.

Aujourd’hui, ce collègue, c’est mon mari.

L.C.: Que représente le fait d’être une femme policière et noire en Espagne ?

C.A.E.O.: Je ne fais aucune différence avec une policière blanche, mais il est vrai que c’est une grande fierté d’être une femme policière et et de surcroît noire, en dépit des préjugés qui existent dans notre société.

L.C.: Compte tenu du fait qu’il y a peu de personnes de couleur au sein de la police, quelle est la réaction des gens lorsqu’ils te voient ? Et comment réagissent les policiers eux-mêmes ?

Pour les gens de l’extérieur et pour les collègues, je suis un cas peu banal. On m’a souvent demandé si j’étais espagnole. Je peux comprendre que des personnes qui ne font pas partie de la profession te posent cette question car ils ne connaissent pas les pré-requis pour se présenter au concours, mais lorsque ce sont mes collègues qui la posent, cela me choque davantage.

L.C.: La Police Nationale est très critiquée, et entre autres choses, on l’accuse de racisme en raison des contrôles au faciès. Étant donné que tu y travailles, que penses-tu de ces critiques ?

Moi, j’ai fait des missions de police en uniforme sur le terrain, et j’ai donc dû contrôler voire même arrêter un étranger qui a fini par me traiter de raciste, et me dire que je l’arrêtais ou le contrôlais parce qu’il était noir.