“En Espagne, on a créé le meilleur système pour se vacciner contre le racisme : on le nie.”

Cet article joyeusement caustique a été écrit par Aitor Gorrotxategi Cortinaun avocat établi à Madrid. Il a été publié dans sa version originale sur le site Afroféminas, une communauté virtuelle de femmes noires de langue espagnole. Il a été adapté et publié sur Global Voices avec l’autorisation des gestionnaires du site et dans le respect de ses règles éditoriales.

On a réussi. Après des siècles de lutte antiraciste, il n’y a plus de racisme en Espagne. Ce sont des faits isolés. En dehors d’une petite minorité, les gens ne sont pas racistes en Espagne.

On va exporter notre recette dans d’autres pays comme les États-Unis (regardez-moi ce Donald Trump, les pauvres) ou la France (la candidate aux présidentielles, Marine Le Pen, a eu beaucoup de voix, mais quels fascistes !).

On regarde des films comme “Mississippi Burning” ou “Twelve Years a Slave”, et on se dit : ces sales ploucs de sudistes, quels connards ! On pense au Ku Klux Klan ou aux meetings du parti d’extrême droite français, le Front National, et on croit qu’on est différents, qu’on vaut mieux qu’eux.

Parce que nous, on n’est pas racistes. Pas du tout. On dit des trucs comme : les racistes sont une minorité. Des gens âgés, de la vieille école, ou ces groupuscules d’extrême droite qui pullulent dans certaines villes espagnoles. Autrement dit, des fascistes.

Qu’est-ce que ça change, que les nazis et les racistes aient le champ libre sur les réseaux sociaux ? Qu’est-ce qu’on en fait, des problèmes indéniables de discrimination dans de nombreux établissements scolaires du pays, du manque de perspectives, des inégalités d’accès à l’emploi, des persécutions policières, du rejet de toutes parts, des énormes poches de pauvreté, de la chosification, de la condamnation à l’invisibilité, etc ? Qu’est-ce que ça peut bien faire, que sur les terrains de sport espagnols on lance sans arrêt des huées racistes ? Ou qu’il existe en Espagne des lieux comme les CIES (les Centres d’internement des Étrangers), où sont enfermés contre leur volonté des milliers d’immigrants illégaux coupables d’être à la recherche une vie meilleure, avec l’approbation de la majorité des citoyens? Qu’est-ce qu’on en fait, des centaines d’agressions racistes (selon les chiffres officiels) qui ont lieu chaque année ?

En Espagne, le racisme ne frappe pas ouvertement, il est subtil. C’est un manque d’empathie. On accuse généralement la victime d’exagérer, ce qui est tout à fait logique dans un contexte de négation du racisme. Ça ressemble beaucoup à ce qu’il s’est passé historiquement pour d’autres discriminations. C’est tout de suite la même histoire : ils ne veulent pas s’intégrer.