En Syrie, « réparer les lionceaux du califat » par l’écoute et la « morale »

L’arrivée dans le centre Hori est un choc culturel pour les « lionceaux du califat », ces adolescents ayant baigné dans le fondamentalisme et dont un tiers a déjà été condamné à des peines allant de six mois à sept ans de prison, qui seront réduites en cas de bonne conduite. 

21/05/2018

Hassan, 13 ans, a vu beaucoup et peut-être commis des atrocités pour le groupe Etat islamique. Mais plutôt qu’en prison, les Kurdes du nord syrien l’ont placé avec d’autres « lionceaux du califat » dans un centre expérimental pour le « redresser », entre discipline, écoute et « morale ».

Avec sa petite taille, ses yeux clairs, son visage mat et doux, Hassan n’est qu’un adolescent parmi les quelque 80 en sweat-shirt, pantalon de jogging et baskets qui hument l’air matinal sur la pelouse du centre Hori. Âgés de 12 à 17 ans, ces jihadistes présumés ont tous été arrêtés par les Kurdes, alliés des Occidentaux, au fil de la débâcle du groupe Etat islamique (EI). Ils ont été sélectionnés pour être « redressés » dans ce centre expérimental fermé, au nom de la philosophie du Parti de l’Union démocratique kurde (PYD), qui domine cette région autonome, de donner une « deuxième chance » à tous. Mais aussi, de l’aveu de plusieurs dirigeants, de la nécessité de vider les prisons et ménager par une certaine clémence les tribus locales autrefois séduites par l’EI.

Hassan est arrivé en début d’année dans le centre, sorte de caravansérail en brique rouge d’un étage alignant dortoirs, salles de cours et d’ateliers autour de la pelouse rectangulaire, ouvert il y a près d’un an dans la ville kurde de Tal Maarouf. Il était le fils d’un commandant jihadiste de Raqqa, ancienne capitale de facto de l’EI, qui lui faisait assister régulièrement à des décapitations. On ne sait pas s’il a lui-même tué. Mais une photo retrouvée par les Kurdes le montre en train de tenir fièrement la tête tranchée d’un prisonnier.

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Formateurs à disposition
A son arrivée, comme beaucoup de « lionceaux », « il ne nous a pas dit bonjour, pas serré la main, il ne nous regardait pas dans les yeux », raconte une des deux directrices du centre, Roken Khalil.

Un établissement géré par des femmes, où on ne parle guère de religion et où tous les pensionnaires doivent se raser, avoir les cheveux courts et s’habiller à l’occidentale : l’arrivée est un choc culturel pour ces adolescents ayant baigné dans le fondamentalisme.