De l’obsession arabe pour les théories du complot

Le monde arabe n’a pas le monopole du complotisme. Loin de là. Un sondage mené récemment par l’IFOP montre que 80 % des Français croient au moins à une théorie du complot. Les Américains ne sont pas en reste, particulièrement les électeurs de Donald Trump selon un sondage mené par le «Washington Post» en décembre 2016. Il y a toutefois tout de même une particularité dans la diffusion des théories du complot dans le monde arabe : elles ne sont pas seulement diffusées via des réseaux qui prétendent dévoiler des vérités alternatives, mais aussi par les organes officiels eux-mêmes.  Analyse publiée par l’Orient le jour

La théorie du complot n’est plus un contre-discours mais le seul discours disponible. Si aucune étude statistique ne permet de saisir l’ampleur de leur propagation, n’importe quelle personne ayant séjourné assez longtemps dans le monde arabe aura pu constater à quel point les théories du complot sont omniprésentes dans les repas de famille, les conversations autour d’un café, et même – ce qui est plus grave – sur les bancs de l’école ou de l’université. Au-delà du constat, «L’Orient-Le Jour» a tenté de mettre en évidence les causes de ce succès et la manière dont les régimes autoritaires les instrumentalisent à leur avantage.

Plusieurs facteurs historiques, socioculturels et psychologiques expliquent une tendance répandue au Moyen-Orient.

 Le monde arabe est friand des théories de complot. Si friand que la tendance semble aller crescendo. C’est en tout cas l’impression qui ressort, pour quiconque connaît plus ou moins la région : presque toute conversation politique est parsemée d’hypothèses variées – et plus ou moins fantaisistes – sur les origines de telle organisation terroriste ou les causes de tel événement. Rien de très étonnant, à l’heure où le Moyen-Orient connaît des bouleversements profonds, occasionnés entre autres par les soulèvements arabes depuis 2011, le conflit syrien et l’émergence de l’État islamique.

Récemment, une étude de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès et de l’observatoire Conspiracy Watch révélait que près de 80 % des Français « adhèrent à au moins l’une des grandes théories du complot », et qualifie ce « complotisme » de « préoccupant ». Il n’existe pas d’étude similaire pour le Moyen-Orient. Que révélerait-elle ? Que dire des théories selon lesquelles l’EI est une création américaine, que les soulèvements arabes sont le fait de puissances étrangères désireuses de semer le trouble dans la région – ou d’en voler le pétrole –, que le lobby juif contrôle Washington à la manière d’un marionnettiste, que des agents américains parcourent les rues iraniennes pour pousser le peuple à la révolte ?