Ce que Daesh signifie pour moi, musulman pratiquant

Surprise : la plupart des actes qui ont fait la réputation de l’EI sont strictement prohibés par le Coran.

J’ai 28 ans, et je suis musulman pratiquant depuis un peu plus de dix ans. Ma mère est athée, issue d’une famille « française de souche », et mon père est aussi athée, issu d’une famille italienne catholique. Je ne suis pas ici pour donner des leçons, ni vous présenter une vérité absolue. Ce qui suit est uniquement mon ressenti, le ressenti d’un musulman lambda, en France, à la suite des attaques simultanées qui ont frappé Paris prétendument « au nom d’Allah » le soir du 13 novembre 2015.

Mais je crois d’abord qu’il faut revenir à avant, au début, au moment où je me suis converti à l’Islam. Lorsque j’ai eu l’âge de me poser des questions sur le sens de la vie, sur la création, sur ce « pourquoi quelque chose plutôt que rien » qui a tourmenté des générations entières depuis des millénaires, j’ai fait énormément de recherches. J’avais besoin de réponses. Je suis passé par toutes les hypothèses possibles, et par tous les états possibles. J’ai imaginé une Création sans Dieu, que j’étais moi-même le Dieu d’un univers crée de toutes pièces, j’ai imaginé encore que tout n’était qu’illusion. J’interrogeais mes amis sur leurs croyances, leurs convictions. Bouddhistes, musulmans, catholiques, agnostiques ou encore athées. Je suis incapable d’expliquer pourquoi l’islam m’est apparu comme une évidence.

Mais depuis, je sais que la foi d’un homme est faite de hauts et de bas. La pratique de sa religion également. Depuis que j’ai embrassé l’islam, j’ai connu des périodes très fastes religieusement, où la moindre minute de retard à une prière me posait un problème émotionnel d’une rare intensité, mais aussi d’autres périodes, plus difficiles, où je laissais le doute s’installer, la pratique s’annihiler, et la foi vaciller. Le cœur d’un homme est ainsi fait, et c’est à lui qu’il incombe de ne pas se laisser surpasser par l’inaction, le blâmable ou la mécréance – je précise, avant tout commentaire mal informé sur la terminologie employée, que la « mécréance » consiste uniquement dans le fait de ne pas croire en Dieu ; qualifier une personne de mécréante n’a donc rien de péjoratif, il s’agit simplement d’une distinction entre celui qui croit (croyant) et celui qui ne croit pas, donc mécroit (le mécréant).

Je ressens la pratique comme une condition sine qua non à l’existence et à la persistance de ma foi. J’ai également besoin de sentir mon appartenance à cette religion à travers mon mode de vie. Comprenez donc que (et ceci n’est qu’un exemple), si je mange halal, ce n’est pas pour embêter les personnes chez qui je suis invité à dîner. Consommer un produit non-halal reviendrait à consommer un produit haram, donc illicite, et en contradiction avec ma pratique, et par conséquent ma foi. Ne me prenez cependant pas comme un modèle ou un exemple à suivre. Je m’efforce de pratiquer au mieux ma religion, mais je reste un pécheur. Si d’un côté je prie cinq fois par jour, je me rends à la mosquée régulièrement et je détourne le regard quand j’aperçois un postérieur féminin, d’autre part, je passe la moitié de mon temps à écouter des rappeurs qui parlent de drogue et de sexe, je lis Donald Goines et ses histoires qui ont trait elles aussi à la drogue et au sexe, et j’admire les personnages de Tony Soprano ou Omar Little de The Wire. En bref, je suis loin d’être un exemple, et je ne suis pas non plus un porte-parole ni un représentant de l’Islam en France.