Daech a créé une génération qui prendra le relais

Deux journalistes français ont retrouvé, en Grèce et en Turquie, des enfants et des adolescents ayant fait partie du groupe terroriste. Le documentaire Ashbal, les lionceaux du califat, de François-Xavier Trégan et Thomas Dandois, est diffusé mardi 27 juin, à 21h50, sur Arte.


INTERVIEW DES JOURNALISTES

Quelle est la stratégie de Daech avec les enfants ?

F.-X. Trégan : C’est une mécanique bien huilée. Daech façonne la génération de combattants qui prendra le relais. Daech a terrorisé les adultes, qui se terrent chez eux. Les télés sont interdites, de nombreuses écoles sont fermées. Les enfants sont seuls dans les rues. Des prêches et des projections de films de propagande à la gloire des combattants sont organisés. Des petits cadeaux ou des glaces sont offerts aux enfants. L’endoctrinement débute. Ensuite, ce sont les camps religieux et militaires. Les enfants sont piégés, on leur a lavé le cerveau. Certains n’ont connu que ça depuis 2011. Daech est comme une nouvelle famille pour eux, ils sont fascinés. Certains se portent volontaires pour des opérations-suicides ou des égorgements. Daech les met aussi en première ligne des combats. Les familles, menacées de mort, sont obligées de capituler.

Que vont-ils devenir ?

On ne sait pas combien ils sont. Sur place, les combattants syriens anti-Daech ne font pas  de différences entre les adultes et les enfants. Ils veulent éliminer une génération pouvant à nouveau déstabiliser la région. Les enfants qui gagnent l’Europe ne sont pas vraiment pris en charge. Nous avons été surpris du flot de paroles de ceux que nous avons interrogés. Ils ont besoin de raconter. Les plus jeunes peuvent s’adapter au mode de vie européen.

Représentent-ils un danger ?

Ils ont tous voulu partir, parce qu’ils étaient saturés d’horreurs. Aidés, ils ont réussi à s’enfuir. Parmi les réfugiés se trouvent d’anciens combattants mineurs. Certains restent attachés au projet et à l’idéologie de Daech.


INTERVIEW DES ENFANTS JIHADISTES

De nombreux témoignages ont été recueillis par les auteurs du documentaire, dont ceux d’enfants et d’ados. « LA PIRE CHOSE QUE J’AIE FAITE ? ÉGORGER »

Kasswara, 16 ans

« J’ai été agent de renseignement. On surveillait les gens et on aidait à les arrêter. La pire chose que j’aie faite ? Égorger une personne. Et tellement d’autres choses. Des gens ont été égorgés à cause de moi, un type de ma région a été décapité à cause de moi, des gens ont eu les mains amputées à cause de moi. J’aurais dû avoir une autre vie […]. Ce n’est pas une vie. Je me sens tellement plus vieux que mon âge, comme si j’allais mourir demain. »