Copiées d’un pays à l’autre, comment les intox fabriquent des stéréotypes racistes sur les migrants

Sur les réseaux sociaux, certains blogs ou dans la bouche des politiciens, les migrants sont régulièrement associés à la criminalité, à l’assistanat ou aux activités terroristes. Ces raccourcis s’appuient sur de fausses informations, souvent illustrées par des images manipulées, qui sont massivement partagées sur les réseaux sociaux. La rédaction des Observateurs de France 24 s’est associée à un projet de recensement et de classification de ces fausses nouvelles, dont nous livrons les premières conclusions.

publié par Les Observateurs France 24

La journaliste turque Gülin Çavuş, du site de vérification Teyit.org, a lancé un projet journalistique avec l’International Fact-Checking Network (IFCN), un collectif mondial de médias de vérification, autour de la désinformation sur les migrants, pour recenser les fausses informations à leur sujet et les articles les corrigeant.

Pour le mener à bien, elle a passé deux semaines à Paris pour travailler avec les journalistes des Observateurs de France 24 et rendre visite aux journalistes des journaux Le Monde et Libération spécialistes de la vérification des fausses informations.

L’objectif principal ? Montrer les similitudes et les différences entre les mécanismes de désinformation de plusieurs pays européens, notamment la France et la Turquie. Les situations y sont très différentes : en 2016, la France accueillait 304 507 migrants, contre 2 869 379 pour la Turquie.

Cette étude n’est pas exhaustive, mais ses résultats sont voués à être complétés à l’avenir.

« L’objectif est de créer une base de données sur la désinformation au sujet des migrants, que l’ensemble des médias membres de l’IFCN puissent l’alimenter et que le public y ait accès via un site construit comme un moteur de recherche », détaille Gülin Çavuş.

Au cours de cette courte étude, nous avons pu recenser 162 intox – tweets, publications Facebook, déclarations de politiques ou articles de presse mensongers – qui forment 81 thèmes de désinformation sur les migrants. Ces thèmes sont répartis en neuf catégories, les plus fréquentes étant les actes criminels (30 %), l’aide sociale (20 %) et l’invasion (19 %).

Toutes ont été démenties par au moins un média fiable. Certaines existent en plusieurs versions, parce qu’elles ont circulé sous différentes formes dans plusieurs pays.

Voici une sélection des exemples les plus frappants.

Le point de départ de l’étude : une vidéo russe reprise en France, en Turquie et en Espagne

Les intox sont reprises et adaptées d’un pays à l’autre et alimentent la rhétorique xénophobe de plusieurs groupes politisés. L’exemple marquant le plus récent, qui a servi de point de départ à cette étude, montre bien les ressorts de ce mécanisme.

Vidéo publiée sur YouTube, le 23 février 2017. Lien d’archivage ici.

Cette vidéo, publiée le 23 février 2017, montre un homme en train de frapper plusieurs infirmières dans un hôpital en Russie, dans la ville de Novgorod. Mais elle a été détournée dans au moins trois pays.