Confessions d’un radicalisé : «Je me lève Daech, je mange Daech, je vis Daech»

Ébranlé, « complètement déprimé », Djebril s’intéresse alors à nouveau à un autre discours, celui des imams : « Il vient s’instaurer en moi une contradiction face à Daesh alors qu’avant c’était Daesh à 100 %. Je suis allé à la mosquée de Consolat (NDLR : un quartier de Marseille) après les attentats de janvier. L’imam condamne les attentats et dit qu’il n’y a aucune autre source religieuse. L’imam a aussi dit que les juifs sont sous protection des musulmans. L’imam n’a pas laissé une porte ouverte […]. L’imam a un bagage bien supérieur au mien. Il donne une leçon de vie. »

«Je me prenais pour un référent de Dieu sur terre»

Au mois de mars, ce célibataire sans enfant se remet à jouer aux jeux vidéo. « Je commence à me désolidariser de Daesh. Quand j’ai été happé par la propagande, j’étais faible, dépressif, sous traitement. […] Quand on est Daech, on a raison, tout le monde a tort », réalise-t-il. Même s’il confirme qu’il avait bel et bien envisagé d’attaquer le site militaire – « une erreur monumentale » qui lui vaut de comparaître devant la cour d’assises où il encourt 20 ans de prison – Djebril promet que son plan n’a pas dépassé le stade théorique. C’est ce que son conseil plaidera notamment devant la cour. Les juges estiment eux que des actes préparatoires avaient bien été effectués.

« Je me rends compte que j’ai tout perdu, conclut-il lucide. J’ai perdu mes amis. J’ai perdu l’estime de ma famille. J’ai déçu ma mère. […] Je pense que j’ai déçu mon frère aussi. Je me prenais pour un référent de Dieu sur terre. » En détention, Djebril, aujourd’hui âgé de 25 ans, est toujours suivi psychologiquement. L’équipe pluridisciplinaire qui l’a évalué estime que son évolution est positive. L’administration pénitentiaire s’alarme surtout d’une chose : qu’il retombe à nouveau dans la dépression.