Confessions d’un radicalisé : «Je me lève Daech, je mange Daech, je vis Daech»

Le jeune homme est particulièrement fasciné par le personnage d’Abou Bakr al-Baghdadi qui a proclamé en juin 2014 le califat : « Je l’ai cru, j’ai cru qu’il disait la vérité ». « Je le voyais comme un père, autoritaire et gentil, prévenant », affirme-t-il même.

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Le calife de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, était comme un « père » pour le radicalisé./AFP

Ne mettant pas son projet de départ vers la Syrie à exécution, Djebril va donc s’orienter vers l’autre alternative préconisé par l’organisation terroriste : passer à l’acte sur le sol national. « Il y avait le porte-parole du calife qui disait qu’il fallait viser les militaires, la police, en gros les services régaliens », détaille-t-il.

L’ancien matelot va au plus simple : il envisage de s’en prendre au chef du sémaphore où il s’est tant ennuyé. Les attentats de janvier 2015 vont même renforcer sa conviction. « C’est parce qu’il y a eu les attentats que je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. D’autres l’ont fait, pourquoi pas moi ? Avant c’était que des vidéos, mais ils ont ouvert la voie. […] Et comme j’étais dans la propagande, je me suis dit qu’ils ont écouté les chefs. […] Je ne pouvais que être pour les attentats », développe-t-il avec une rare sincérité.

«Daech nous fait tuer quelqu’un contre qui on n’a pas forcément de rancœur»

Interrogé plus précisément par les policiers sur ce projet d’attaque du Fort-Béar, Djebril admet qu’il a initialement envisagé de s’en prendre au plus haut gradé du sémaphore. « Je n’ai pas de rancœur spécifique envers le chef, explique-t-il pourtant. Il s’est toujours bien comporté envers moi. Il a toujours été prévenant envers moi. […] Daesh nous fait tuer quelqu’un contre qui on n’a pas forcément de rancœur. C’est tout le paradoxe avec Daech, c’est de nous faire tuer quelqu’un qu’on ne déteste pas. » Djebril envisage alors de mourir en martyr au cours de l’opération. « C’était presque un idéal », ajoute-t-il.

Mais au cours de cette audition fleuve à peine interrompue par une pause viennoiserie, le jeune marseillais raconte aussi comment il a progressivement reconnu qu’il s’était fourvoyé. Il y a d’abord les réticences de ses complices face à son projet qui le font douter de son bien-fondé. « Mais ça prend du temps de voir qu’on est endoctriné, ça ne se fait pas en seul jour », relève-t-il non sans une certaine justesse. À cette époque-là qu’il situe du début février à la mi-mars 2015, Djebril reste enfermé dans sa chambre et cogite : « Je me rends compte que je ne suis pas heureux. Il n’y a pas un moment où j’ai été heureux. J’étais tout le temps dans le stress, la haine, la hargne. Haineux envers tous et tout le monde. »