Un concours artistique pour rapprocher la police et les jeunes

RÉPARER LA FRANCE Le concours Georges Clemenceau, lancé dans les Hauts-de-Seine, vient de se terminer sur un bilan positif.

Quand on leur a proposé de participer à un concours en lien avec la police, les élèves de 3e du collège Guy Môquet de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ont eu un moment de flottement. Leur établissement est classé en « réseau d’éducation prioritaire » et situé dans une zone de sécurité prioritaire. Autant dire qu’a priori, la police n’y est pas très populaire.

« Ils en ont l’image d’une force répressive, de coercition, du contrôle d’identité… Leur adhésion n’était pas donnée au départ, euphémise dans un sourire Sylvie Kocik, la principale. S’engager dans ce concours était l’occasion de changer leur regard sur la police et réciproquement. » À l’heure d’un regain de tensions dans les cités, après les affaires Adama Traoré et Théo, l’initiative est salutaire.

« La police doit nouer des rapports de confiance avec la jeunesse, car cela contribuera à notre mission de lutte contre les trafics, les violences et la délinquance », affirme le commissaire de La Défense, Madhi Belbey, qui a lancé l’opération il y a un an, ajoutant : « J’ai une certaine idée du vivre ensemble dans un contexte où il faut affirmer nos valeurs républicaines. »

« Les policiers sont des gens comme nous »

Proposé aux collèges du département, ce concours baptisé « Georges Clemenceau » consistait en une série de rencontres et d’activités avec les policiers : entraînement aux techniques d’intervention, visite des locaux, essayage du matériel, notions sur le cadre juridique de leur mission… À la fin, les quatre classes participantes devaient produire une œuvre artistique pour raconter ces rencontres et ce qu’elles leur avaient apporté. « J’ai choisi la figure tutélaire de Georges Clemenceau, premier flic de France, grand républicain, mais aussi – on le sait moins – médecin des pauvres et grand ami de Claude Monet,décrit le commissaire, originaire de la Seine-Saint-Denis. L’art permet de créer des passerelles, c’est un moteur de rapprochement. »

Mardi 9 mai, dans le salon d’honneur de la préfecture, quelques dizaines de jeunes se pressaient pour connaître le lauréat. Certains avaient produit une sculpture, d’autres un slam (1) ou un mannequin challenge (2). Finalement, ce sont les collégiens de Gennevilliers qui ont remporté la mise, avec un sketch humoristique sur un dépôt de plainte pour vol de… stylo quatre couleurs ! Sur le fond, le résultat du concours n’en est pas moins sérieux : « On s’est rendu compte que les policiers sont des gens comme nous, raconte une des jeunes filles. Ils ont enlevé leur masque. »« Ils ne font pas qu’arrêter des gens, ils accueillent et protègent aussi les victimes », réagit un autre.

Commencer par le local

« Nos élèves ne sont pas toujours très motivés, mais là, ils ont pris sur leur temps libre, se sont levés à l’aube pour aller au commissariat, ont découvert de nouvelles compétences, comme le montage vidéo », se félicite Sylvie Kocik, qui relève que certains élèves turbulents se sont apaisés depuis le concours. Certains se destineraient même à une carrière dans la sécurité. « Il y avait aussi une vraie envie de la part de ces policiers de rencontrer les élèves, poursuit-elle. Je pense qu’ils ont vu en eux autre chose que des jeunes qui provoquent et caillassent. »