la banlieue comme on ne la voit jamais à la télé

À seulement 25 ans, le photographe Marvin Bonheur, originaire d’Aulnay-Sous-Bois est exposé jusqu’au 18 juin à la Galerie L’imprimerie à Paris. Intitulée Alzheimer, sa série revient avec nostalgie sur une banlieue dont la pensée ne l’a jamais vraiment quitté.

Malgré la veine douce amère de ses clichés argentiques, Marvin a bien Bonheur pour nom de famille. À seulement 25 ans, ce photographe originaire d’Aulnay-Sous-Bois est exposé jusqu’au 18 juin à la Galerie L’imprimerie à Paris. Intitulée Alzheimer, sa série revient avec nostalgie sur une banlieue dont la pensée ne l’a jamais vraiment quitté. Graphiste de formation, Marvin a toujours été sensible à l’image. Au lycée, il se balade avec un appareil numérique et photographie ses amis « pour le loisir ». Mais très vite, l’appareil se révèle trop encombrant pour l’agitation urbaine qu’il cherche à capturer. En faisant l’acquisition d’un Olympus 35mm, Marvin tombe amoureux du rendu de l’argentique.

Enfant des 3000, élevé entre Aulnay-Sous-Bois et Aubervilliers, Marvin Bonheur vit à Paris depuis maintenant trois ans. En forme de retour sur sa propre histoire, sa série Alzheimer rassemble des clichés où l’ironie se mêle à la tendresse pour décrire les lieux qui l’ont vu grandir. « Le passé, c’est ce qui fait notre futur. Mais ces petits éléments semblent parfois tellement lointains qu’on a tendance à les effacer. Alzheimer, ça peut commencer par un simple oubli de prénom ! »

« L’eldorado », « Le bled », « La haine » – des titres de photographies qui jouent avec les stéréotypes et éprouvent la rigidité des représentations accolée à la banlieue : « Le langage c’est toute mon enfance : beaucoup d’expressions et beaucoup d’argot aussi. Ça aurait été contradictoire d’utiliser un langage moins urbain. Je crois que j’ai jamais réfléchi à un titre plus de 15 minutes. » « L’eldorado », c’est donc aussi le rêve des années 1980, les HLM flambant neufs, le faible taux de chômage et les promesses qu’incarnent ces barres de béton. « J’ai vu ces immeubles décliner, des familles très nombreuses se retrouver dans de minuscules appartements. L’eldorado, c’est le fait d’avoir vendu du rêve et d’avoir ensuite abandonné les gens. » « Mais la banlieue, c’est aussi de beaux moments » ajoute-t-il. En témoigne un cliché comme « La glace », où l’on découvre « un Noir et un Reubeu », réunis devant un camion pour s’acheter des glaces une après-midi d’été. « Le type d’images qu’on ne voit pas à la télévision. »