Au Burundi, la dérive religieuse du clan présidentiel

Adepte de l’Église du Rocher, Pierre Nkurunziza utilise la religion pour affermir son autorité et sa légitimité.

publié par le site LacroixAfrica

Le communiqué du parti présidentiel, le CNDD-FDD, est un modèle tragicomique de la dérive religieuse en cour au Burundi. Dans une langue orwellienne, son comité central a proclamé, le 9 mars, que « Le Parti CNDD-FDD est une famille harmonieuse et équilibrée, et comme toute famille, la nôtre aussi se doit d’avoir un père de famille. »

Et donc, ses militants (les Bagumyabanga), « après avoir passé en revue les immenses réalisations à l’actif de Son Excellence le président de la République, la valeur de ses idées, de ses enseignements, conseils et actes, ont trouvé en lui un excellent leader charismatique, et se sont convenu de le hausser au titre de VISIONNAIRE du Parti CNDD-FDD. Le parti CNDD-FDD depuis ce jour marche sur ses idées. »

Jeudi, jeûne et prière

Par ailleurs, le comité central du CNDD-FDD a fait du jeudi, « un jour de prière », « consacré entièrement à l’Éternel » et au « jeûne ». Pour qui ? Pour tous les membres du parti présidentiel, « sans exception ». « Aussi, il a été convenu d’édifier une place à Gitega remémorant cet engagement, cette place sera le lieu de cultes et de retraites. Chaque année pendant trois jours, les Bagumyabanga se rassembleront sur ce lieu pour rendre grâce et prier en se référant à la date du 21 janvier, date à laquelle le Parti CNDD-FDD en 2002 a placé Dieu au premier plan. »

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« Le président et le CNDD-FDD jouent la carte religieuse pour séduire et subjuguer la population, en très grande majorité chrétienne », réagit un prêtre catholique burundais.

Le prêtre roi

Pierre Nkurunziza est membre d’une église évangélique, l’Église du Rocher. Son épouse, Denise Nkurunziza, en est le pasteur à Bujumbura. Comme dans toutes les églises de ce type, on y parle beaucoup de combat spirituel, de lutte contre le démon, de salut individuel. On y lit la Bible au premier degré, loue et chante beaucoup. Les pasteurs distribuent les bénédictions et interprètent les signes de Dieu. Et, bien entendu, cette église est convaincue que Pierre Nkurunziza est l’élu de Dieu pour sauver le Burundi de tous ses ennemis. Ses liens privilégiés avec le pouvoir ont permis à cette église de se diffuser dans tout le pays : « aujourd’hui, elle a essaimé une cinquantaine d’églises », observe un prêtre catholique burundais.