À Nice, des ados restent traumatisés un an après l’attentat

Une pédopsychiatre et une neuropsychologue expliquent comment elles aident les enfants et adolescents traumatisés par l’attentat de Nice. Leur objectif ? Transformer le traumatisme en mauvais souvenir.

Les faits

Un an après l’attentat du 14 juillet 2016, des familles ont toujours besoin d’une aide psychologique.

Contexte

1- Il y a un an, à Nice (Alpes-Maritimes), un camion fonçait sur la foule qui assistait aux festivités du 14-Juillet.

2- Cet attentat a été commis par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien âgé de 31 ans et installé en France depuis 2007. ll a été revendiqué par le groupe terroriste Daech.

3- Des cérémonies commémoratives auront lieu vendredi, à Nice, avec de gros dispositifs de sécurité. Le président de la République rencontrera des familles de victimes en privé.

4- Un message d’hommage aux victimes, long de 170 m et formé de 12 000 plaques colorées, sera dévoilé à 20 heures. Dans les Alpes-Maritimes, aucun feu d’artifice ne sera tiré le soir du 14 juillet.

Comprendre

  • Prises en charge retardées. « Nous nous occupons d’environ 1 000 jeunes, avec plus de 4 500 consultations depuis un an », note Susanne Thümmler, pédopsychiatre à l’hôpital Lenval, à Nice. Juste après l’attaque, une cellule d’urgence avait été mise en place. Mais face aux besoins, un service dédié aux enfants et aux adolescents, avec une pédopsychiatre et une neuropsychologue, a été créé en janvier. « Nous avons encore au moins cinq nouvelles consultations par semaine. Et l’approche de la date anniversaire fait remonter beaucoup de choses. » Plusieurs raisons à cela : des familles touchées par l’attentat devaient se soigner sur le plan physique, et la prise en charge psychologique a été retardée. Certains parents, très mal eux-mêmes, ont mis du temps à voir que leurs enfants avaient besoin d’aide. Au moment des bilans de juin, des enseignants ont tiré la sonnette d’alarme.
  • Traumatismes. « Chez les plus jeunes, il n’est pas toujours facile de faire le lien entre certains comportements ou réactions et le traumatisme de l’attentat », explique Ophélie Nachon, neuropsychologue et docteur en psychologie. Ce n’est pas parce qu’un enfant est « sage », silencieux, qu’il ne souffre pas. Certains ados peuvent plus facilement mettre en mots leurs ressentis. « Mais ils n’ont pas tous les mêmes armes pour surmonter les traumatismes. Un jeune en retrait, mal dans sa peau, aura peut-être plus de difficultés qu’un autre plein de vie, dans une famille ouverte, aimante », explique-t-elle.
  • Symptômes. Des jeunes présentent encore des troubles du sommeil : difficultés d’endormissement, cauchemars, crises d’angoisse… et des troubles de la concentration. Ils ressentent aussi une profonde culpabilité… « La moindre chose dans la vie quotidienne, un mot, un bruit, une odeur peut réactiver ce qui s’est passé cette nuit-là. Les images reviennent. Les sensations, les odeurs… C’est très réel. Une ado m’a dit : “Ça fait replay”, explique Ophélie Nachon. Chez certains, le corps et l’esprit sont en état d’alerte permanente. »
  • Aider à surmonter. « Un psy, c’est quelqu’un à qui on peut tout exprimer sincèrement, rassure Susanne Thümmler. On tranquillise les patients : “Ce que tu ressens est normal. On a des solutions pour aller mieux”. D’abord, apprendre à respirer, à se détendre, pour focaliser l’attention sur autre chose quand les scènes reviennent violemment. « Le but est de gérer l’angoisse quand elle monte, et de réduire les manifestations du corps », explique Ophélie Nachon. Elle utilise une métaphore : « Imaginons une bibliothèque où sont rangés les livres des événements de notre vie. Si je veux relire celui de mon anniversaire, je le repose ensuite facilement. Mais le livre de l’attentat ne rentre pas dans la bibliothèque, alors il tombe et s’ouvre sans prévenir, toujours sur les mêmes pages. Certains vont essayer de le cacher sous le tapis, pour ne pas le voir, souvent en vain. Nous, nous étudions ce livre pour lui fabriquer une étagère spéciale et le ranger. Ainsi, il ne s’ouvre que si on va le chercher comme un autre livre. En le lisant, son contenu sera toujours horrible, mais on peut le refermer et le ranger. »
    Ensuite, il faut réussir à transformer un traumatisme revécu sans cesse en mauvais souvenir, sans réveiller tous les ressentis du soir de l’attaque. Et empêcher des comportements d’évitement de s’installer. « Certains retournent petit à petit sur les lieux, pour réussir à y vivre des choses nouvelles et positives », assure Ophélie Nachon. Mais le travail est long. « La date anniversaire risque d’être vécue comme un retour en arrière. Si le travail psychologique a été fait, on ne repart pas de zéro. Mais il est essentiel de le poursuivre. »

Entretien réalisé par S. Lelong, Play Bac Presse.

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Évitement