« Grandir en France » : ces inégalités sociales qui contaminent dès l’enfance

« Grandir en France » est une analyse faite par l’UNICEF auprès de 22 000 enfants de 6 à 18 ans, qui ont donné leur avis sur leur vie. On y différencie les réponses selon le lieu d’habitation. Et les résultats sont étonnants et loin des a priori que l’on pouvait se faire sur certaines zones géographiques, comme les quartiers prioritaires. Découvrez les résultats étonnants de cette étude…

Interrogés entre octobre 2015 et juin 2016, les 22 000 enfants ont permis à l’UNICEF de récolter des données rarement recueillies, surtout dans la différenciation des réponses selon le lieu d’habitation.

Issus de quartiers aisés, populaires ou prioritaires, les enfants ont répondu à de nombreuses questions concernant le respect des droits, l’éducation, l’accès aux activités, l’amitié et le soutien familial.

Les réponses données par les enfants ont été analysées par le sociologue Serge Paugam et l’haptothérapeute Catherine Dolto. Ressortent de cette analyse des résultats étonnants et bien loin des stéréotypes…

 

Adieu les clichés, merci l’UNICEF

Encore aujourd’hui de nombreuses personnes associent « quartiers prioritaires » et « désinvestissement de la scolarité ». Pourtant, plus de 60% des enfants issus de quartiers prioritaires interrogés se sentent angoissés à l’idée de ne pas réussir à l’école.

Concernant l’idée que ces enfants sont isolés et qu’ils ne peuvent pas trouver d’aide au sein de leur entourage, 67% contredisent en déclarant pouvoir trouver de l’aide dans leur quartier si besoin est et 42% affirment avoir une famille à proximité.

De plus, 71% disent bien s’entendre avec leurs voisins et 44% se sentent valorisés par leur cercle amical. Concernant les parents, 67% estiment être valorisés par leur mère et 55% par leur père.

Selon l’UNICEF, ces chiffres sont frappants et sont nettement supérieurs aux résultats récoltés auprès des enfants de quartiers aisés.

 

Une triste réalité rattrape les chiffres positifs

Bien que les chiffres concernant l’investissement de la scolarité par les enfants issus de quartiers prioritaires se montrent relativement positifs, il n’en demeure pas moins que les inégalités frappent toujours.

Selon l’enquête, les inégalités sont tenaces et les enfants et adolescents des quartiers prioritaires ne cessent de les accumuler. L’accumulation des inégalités entraîne un « sentiment de dévalorisation de soi et une perte de confiance dans l’avenir ». Pour 54% des enfants de ces quartiers, il existe un manque d’accès aux savoirs. 41% d’entre eux relèvent également un manque d’activités culturelles ou de loisirs. Concernant la privation matérielle et la privation d’accès aux soins, on compte respectivement 22% et 28% d’enfants interrogés se définissant dans ces situations.

Selon l’analyse, la perte de confiance et les inégalités matérielles empirent la situation dans laquelle les enfants sont susceptibles de se retrouver : discrimination ethnique ou religieuse, harcèlement sur internet ou dans le quartier.

En étant privés d’activités extrascolaires, les enfants et adolescents voient se quadrupler les risques d’angoisse de ne pas réussir à l’école.

En accumulant autant d’inégalités, les enfants défavorisés ressentent relativement tôt qu’ils ne démarrent pas avec les mêmes chances que d’autres. On compte ainsi près de 13% d’entre eux déclarer que leurs droits ne sont pas respectés au sein même de leur quartier et 7% en France, deux fois plus que les enfants vivant en centre-ville.

Le sociologue Serge Paugam déclare que : « Certains enfants et adolescents intériorisent très tôt le sentiment d’être dévalorisés, peu respectés par les institutions, notamment l’école. Ils grandissent en ayant intériorisé l’idée de l’injustice ».

Catherine Dolto, quant à elle, souligne : « L’intériorisation des injustices provoque soit une soumission génératrice de retrait et de repli sur soi-même avec déni de ses propres capacités, soit une révolte contre cette société qui ne sait pas voir les potentialités et le désir d’apprendre. Dans les deux cas, la société perd une intelligence qui s’éteint ou s’égare».

 

Quelles solutions apporter selon les enfants interrogés ?

Dans son enquête, l’UNICEF a interrogé les enfants sur les solutions que la société pourrait apporter pour améliorer leur quotidien.

On découvre alors :

-mener des actions pour développer les activités en dehors de l’école, les rendre plus accessibles pour  mieux préparer à la réussite scolaire.

-renforcer le lien entre l’école et le quartier, ce qui implique de valoriser les parents dans leur rôle éducatif. Tout ce qui peut conduire à réduire la distance entre l’univers scolaire et l’univers domestique permet de lutter contre ces formes nouvelles de disqualification sociale.

Pour Jean-Marie Dru, Président de l’UNICEF France : « Notre étude est là pour réaffirmer que les enfants et les adolescents issus des quartiers les plus défavorisés sont les victimes d’un cumul d’inégalités qui induira inévitablement des conséquences dramatiques sur leur développement, leur scolarisation et leur vie future d’adultes. Nous présenterons les conclusions de cette consultation, accompagnées de nos recommandations à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle ».

 

Pour mieux découvrir la vie de ces enfants, n’hésitez pas à visualiser cette vidéo d’UNICEF France, en partenariat avec l’agence de jeunes reporters LES HAUT-PARLEURS et TV5 Monde, «pour donner la parole à des enfants et adolescents des quartiers populaires et prioritaires.»

 

 

Et si vous souhaitez consulter le rapport de l’UNICEF dans son intégralité : https://www.unicef.fr/sites/default/files/atoms/files/rapport-unicef-france-consultation-droits-enfants-2016.pdf