1945 : pendant la fête organisée par sa grand-tante, les invités sont allés tuer 180 Juifs

Le journaliste suisse Sacha Batthyany a toujours su qu’il descendait d’une famille aristocrate gravitant autour de la comtesse Margit, une femme vénérée de tous. Mais une macabre découverte, alors qu’il avait 34 ans, le pousse à mener l’enquête sur un secret familial trop bien gardé.

La comtesse Margit Batthyany à Hambourg dans les années 1960 | Agencja Fotograficzna Caro / Ala
La comtesse Margit Batthyany à Hambourg dans les années 1960 | Agencja Fotograficzna Caro / Ala

L’hôtesse en question, c’est Margit, la tante par alliance de son père. Une personne envers qui sa famille a toujours fait preuve du plus grand respect. Intrigué, il commence à lire le texte. En mars 1945, est-il écrit, juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Margit a organisé une grande fête avec ses amis nazis à Rechnitz, ville autrichienne située à la frontière de la Hongrie. La fille et héritière du magnat de l’industrie Heinrich Thyssen et ses convives ont dansé et bu toute la nuit.

Alors que la soirée bat son plein, douze invités se rendent dans un champ voisin où 180 esclaves juifs qui construisaient des fortifications étaient rassemblés. Les intrus les obligent à creuser un large fossé, se déshabiller, s’agenouiller. Puis ils se relaient pour leur tirer dessus jusqu’à les abattre tous, avant de regagner le château où se tient la fête. L’initiateur de cette opération était l’amant de Margit, Hans Joachim Oldenberg. Son mari le comte Ivan Batthyany, frère du grand-père de Sacha, était également de la partie.

Voilà ce qu’apprend le journaliste, ce jour d’avril 2007, à l’âge de 34 ans. Sacha Batthyany est sous le choc. Invité au Salon international du livre de Jérusalem en juin dernier, il est revenu sur le moment où il a découvert ce macabre secret familial:

«Jamais je n’avais entendu parler de ce massacre ou de Rechnitz, ou d’un quelconque lien de ma famille avec l’Holocauste. (…) Cette zone entre Budapest et Vienne, c’est de là que ma famille vient, là où elle possédait des terres et des châteaux. J’ai demandé à mon père: “Tu étais au courant pour le massacre?” et il m’a répondu: “Oui, bien sûr, je ne suis pas stupide.” Puis: “Tu savais que Margit était à la fête la nuit où ça s’est passé?” et lui a dit: “Oui, tout le monde le savait.” Et là, je ne parlais pas aussi logiquement que maintenant, mais j’ai plus ou moins dit: “Donc tu savais que A et tu savais que B mais tu n’as jamais fait le lien?” Et il a dit non. (…)